Apprentissages

La journée sera différente pour tous les membres de l'école a priori. Chaque enfant arrive à l’ouverture de l’école, dans la fourchette d'accueil du matin, et signe la feuille de présence. Il est accueilli par un adulte et peut directement commencer sa journée par l'activité de son choix, dans le lieu de son choix, autant de temps qu'il le souhaite. Les possibilités d'activités sont infinies : jeux de société, musique, arts plastiques, lecture, ordinateur, cuisine, sortie aux musées, au parc, à la bibliothèque, aller dans le jardin, jardiner, courir, danser, chanter ou se reposer...

Chaque membre peut s'appuyer sur le règlement intérieur pour signaler un comportement qui ne lui convient pas. Tant que le règlement intérieur est respecté, l'enfant pourra continuer son activité autant qu'il le souhaite.

Chaque membre de l'école peut organiser des activités de façon formelle ou informelle, collectives ou individuelles. Il peut prévoir des échéances communes (conseil, club et associations, ménage et rangement, réunion...). L’environnement initial tel qu’il est présenté dans le plan de l’école sera modulable et soumis aux décisions prises au sein du Conseil d'École.

Entre 0 et 3 ans, un enfant apprend à marcher, une langue maternelle et une infinité d'autres choses sans contrainte, programme ou méthode spécifique. Nous souhaitons offrir des conditions de vie susceptibles de prolonger cette état de curiosité, d'apprentissages naturelles et de respect du rythme de chacun. Nous sommes convaincus que les membres iront vers les apprentissages qui leurs sembleront indispensables à leurs vies. La communication orale et écrite ainsi que les connaissances mathématiques de base sont tellement essentielles dans notre environnement actuel (Montpellier au XXIème siècle), que nous sommes convaincus que chaque membre ira vers la lecture, l'écriture et la numération à un moment.

Dans les écoles démocratiques, lorsque le moment est venu pour un enfant, il apprend en quelques semaines à lire, écrire et compter sans recevoir d'enseignement formel de la part d'un enseignant certifié. Il est également possible pour un enfant qui le désire d'être accompagné par un autre élève ou un adulte de l'école si le besoin est exprimé.

Bien que l'école soit libérée des programmes, nous nous conformons volontiers aux attentes de l'Éducation Nationale en matière de suivi de l'acquisition des compétences et connaissances du socle commun.

Les écoles démocratiques disposent de différents outils de suivi permettant de rendre compte des compétences travaillées en fonction des activités. L'un de ces outils, nommé Athéna, a été créé par l'un des membres d'une école démocratique en activité depuis 2015.

Au cours de sa scolarité à l'EDM, notamment suite à plusieurs années d'étude dans l'enseignement public, un élève pourra se trouver désorienté, un peu perdu dans l'école, sans trop savoir quoi faire.

Cette période de transition est tout à fait légitime et a été souvent observée dans les écoles démocratiques ouvertes depuis un certain nombre d'années, spécialement chez les adolescents issus du collège/lycée public. Nous croyons qu'elle est bénéfique pour l'élève.

Il peut s'avérer très difficile de passer d'un environnement dans lequel chaque journée voire chaque heure est organisée par un tiers, à un lieu dans lequel on devient l'acteur autonome de ses choix. L'enfant aura besoin de se reconnecter avec lui-même et ce processus pourra prendre la forme de moments plus ou moins longs où il ne souhaitera rien faire du tout.

Ce type de comportement est donc assez habituel et nous souhaitons que les familles en aient conscience afin d'accepter et accompagner si besoin cette période de transition.

Les sources de stimulation sont nombreuses dans l'école et a fortiori dans le monde.

Dès son ouverture, l'école sera organisée en salles thématiques permettant de diversifier le contenu des activités possibles pour les élèves de l'EDM (art, sciences, littérature, informatique, cuisine, musique, ...).

Nous croyons également beaucoup à l'apprentissage qui se fera à travers les interactions avec les autres élèves de tout âge et les adultes de l’équipe. Chacun de ces membres possède des connaissances et compétences variées et pourront transmettre leur expérience de manière formelle ou informelle aux élèves de l'école. Libre à eux ensuite d'approfondir les activités qui satisferont leur curiosité naturelle, seuls ou en coopération.

Par ailleurs, nous prévoyons d'inviter des intervenants à partager leurs passions et d’organiser des sorties pédagogiques pour les enfants qui le souhaitent. Ces activités ne seront pas obligatoires et seront décidées en concertation avec les membres de l’école. Nous avons pu rencontrer à travers nos expériences dans des écoles démocratiques en activité des bénévoles ravis de transmettre leurs connaissances en astronomie, histoire, musique, couture, etc.

Enfin, les ressources numériques (ordinateurs, etc.) seront également un moyen d'accès à des apprentissages aussi variés que nombreux. Tout le monde peut tout explorer et tout apprendre. En particulier, il existe de plus en plus de plateformes d’apprentissage autonome d'excellente qualité (par exemple les fameux "MOOC" tels que Coursera, Khan Academy, Kartable) ou d'autres applications spécialisées (les "jeux sérieux",  Duolingo, ...).

A travers cette richesse, chaque membre découvrira certainement des centres d'intérêt.

 

Fonctionnement Démocratique

A priori non, le plus courant dans les écoles démocratiques en France est qu'il n'y a pas obligation d'assister au Conseil d'École (CE) mais d'accepter les décisions qui y sont prises. Cependant, le CE est l'organe de gestion de l'école et il possède donc le pouvoir de modifier ses règles de fonctionnement.

Le CE pourra ainsi explorer les différentes questions que le « vivre-ensemble » soulèvent : comment s'organiser ? Quel modèle de gouvernance ? Quel mode de scrutin adopter ? Comment allouer le budget de l’école ? Faut-il obliger tous les membres à assister et/ou voter au CE ? Pensons-nous qu’il serait préférable de réserver certaines décisions à certaines personnes du groupe ?

Toutes ces questions sont au centre de la gestion des écoles démocratiques, plus largement de nos sociétés et organisations. C'est une opportunité de réflexion que les membres de l'EDM pourront saisir.

Le Conseil d'École gère les questions les plus diverses de la vie de l'école. De son budget, ses locaux, l'agencement du local, les sorties, le règlement intérieur…Comment déterminer quelles personnes sont légitimes pour comprendre, discuter et décider de ces questions concernant l’école et plus globalement la société ?

En France, en 1848, on trancha pour dire que seuls les hommes de plus de 21 ans étaient légitimes pour voter. En 1944, on décida d’accorder également aux femmes de plus de 21 ans le droit de vote. En 1974, l’âge fut abaissé à 18 ans.

Au sein de notre école, nous souhaitons accorder ce droit à tous les membres, de 3 à 99 ans. Lorsque les sujets abordés seront hors de son champ de compréhension, un enfant de 4 ans préférera sans doute vivre sa vie dans une autre pièce. Si on lui demande de s'exprimer sur un sujet qu'il ne comprend pas, il dira certainement qu'il ne comprend pas et ne votera pas sur ce sujet. Cependant, il aura peut-être vu qu'il y a des décisions qui sont prises dans ce conseil, qu'il peut s'exprimer s'il veut et percevra peut-être quelques brides de réflexion par ci par là.

Par ailleurs, le Conseil d'École réfléchit également à d'autres questions : Est-ce que le vélo est autorisé à l'intérieur ? A-t-on le droit de courir à l'intérieur ? Les ballons sont-ils rangés ici ou là ? Préférez-vous organiser une sortie au parc ou une sortie au musée ? Aimeriez-vous une salle pour pouvoir dormir ?

Ce genre de questions sont des questions plus abordables pour les enfants de 3 à 6 ans et ils auront la possibilité de donner leur avis lors du Conseil d'École s'ils le souhaitent.

“Aucun jeu ne peut se jouer sans règles.” Vaclav Havel, Dramaturge et homme d'Etat Tchèque

Nous comprenons que des inquiétudes peuvent naître du fait de donner un pouvoir égal aux enfants qu'aux adultes, car la conception du danger, de l'ordre, du rangement et la vision sur le long terme est sans doute différente pour un enfant de 4 ans et pour un adulte de 40 ans.

Cependant, pourquoi proposons-nous ce modèle ?

Pour nous, la meilleure des preuves de l'efficacité et de la crédibilité de ce modèle est l'expérience d'écoles démocratiques vieilles de 60 ans qui sont autogérées par les adultes et les enfants composant l'école.

Cette expérience montre bien que l'école fonctionne ainsi avec des enfants libres de proposer et de voter ce qu'ils veulent et que l'on ne vire pas vers le chaos. Les situations agitées et désordonnées ne durent qu'un temps. Nous croyons que c'est dans la nature humaine d'avoir besoin d'un juste milieu entre les règles et la liberté, entre le calme et l'agitation.

Si toutefois, à une occasion, nous estimons qu'une décision met en danger physiquement ou psychologiquement un membre de l'EMD, nous n'aurons aucune hésitation à nous y opposer, nous restons garants de la sécurité de chaque membre de l'EDM Mais ce type de situation reste souvent à l'état de peur et ne se produit pas.

Par ailleurs, pour appréhender les concepts de loi, de règlement, de vivre-ensemble et d'autorité, il nous semble passionnant et justifié de donner la possibilité aux enfants d'explorer cela à travers une participation au Conseil d’École de l'EDM. C'est une opportunité que nous sommes très heureux d'offrir.

Il existe plusieurs étapes dans l’appropriation de règles et dans l’évolution du sens attribué par l’élève aux règles de l'école :

  1. l’anomie (la méconnaissance ou le rejet des règles)
  2. l’hétéronomie (obéissance à la règle)
  3. l’auto régulation (l’intégration de la règle)
  4. l’autonomie (la capacité à négocier ou à inventer des règles)

Nous souhaitons que les élèves de l'EDM deviennent autonomes vis-à-vis du règlement intérieur de l'école et nous pensons que le recours de manière systématique à la punition ralentit leur autonomisation.

Quand un enfant craint d’être puni, il focalise son attention sur les conséquences qu'aura son acte au lieu de se centrer sur ce qui le motive à agir ainsi et sur les besoins des personnes qui l’entourent. De plus, nous croyons que la punition entretient un climat répressif qui ne favorise pas l'enthousiasme et la coopération des enfants vis-à-vis du règlement intérieur de l'école.

Marshall Rosenberg, initiateur de la Communication Non Violente, propose de comprendre l’inefficacité des punitions systématiques en nous posant deux questions :

  • En quoi voudrais-je que cette personne change de comportement ?
  • Quelle motivation voudrais-je que cette personne ait pour faire ce que je lui demande ?

En ultime recours et si la demande se présente, le Conseil de Justice, de médiation ou autre organe peut décider d'une restriction temporaire de libertés (e.g. l'interdiction d'utiliser une pièce de l'école pendant une durée de 3 jours). Pour plus de détails sur le fonctionnement des différents conseils, voir les articles correspondants).

 

Vers l’Enseignement Public et Supérieur

Si un élève souhaite rejoindre un collège ou lycée de l'enseignement public, il pourra le faire en passant un examen d'entrée.

Selon le Bulletin Officiel, l'examen d'admission porte sur les principales disciplines communes à la classe dans laquelle l'élève souhaite poursuivre ses études. Le contenu est arrêté par l'inspecteur d'Académie, directeur des services départementaux de l'Education.

Les membres de notre équipe sont formés et disponibles pour préparer les enfants à la réussite de cet examen si les élèves le désirent.

Plus d'infos sur les examens d'entrée

Oui, plusieurs possibilités s'offrent aux élèves de l'École Démocratique de Montpellier (EDM).

Un élève de l'EDM peut décider d'entrer dans un lycée de l'enseignement public afin de préparer le bac et d'obtenir des bulletins de notes pour le moment encore demandés pour certains cursus (classes préparatoires, universités spécifiques comme Paris-Dauphine, etc.).

Par ailleurs, tout élève d'une école privée hors contrat peut passer le baccalauréat en candidat libre. S'il le décide, il obtiendra un numéro qui lui permettra d'avoir accès à la plateforme Admission Post Bac (APB) en vue d’intégrer une formation supérieure. À noter que APB pourrait être grandement réformé à partir de 2018 (voir un article de l'Express )

Enfin, de plus en plus d'écoles de l'enseignement supérieur souhaitent intégrer des élèves au parcours scolaire différent et favorisent les apprentissages libres et coopératifs. C'est le cas par exemple de l'école 42, établissement d'autoformation en informatique, mais également de certains BTS ou des écoles d'art.

 

Sécurité

Le principe fondateur des écoles démocratiques est de permettre à chacun de vivre librement avec les autres. Il n’y a pas de volonté d’enfermement des jeunes dans une doctrine établie par les adultes, bien au contraire, les adultes laissent aux enfants la possibilité d’explorer tous les domaines de connaissance qui peuvent les intéresser.

Les personnes connues comme étant à risque d’agression sexuelle ne sont pas admises au sein de l’établissement, comme pour toute école. Les adultes ne sont pas constamment présents, mais les enfants veillent aussi à la sécurité les uns des autres entre eux. Les adultes sont toujours disponibles pour intervenir à la moindre nécessité.

Les écoles démocratiques ont des processus de traitement des transgressions de règles qui permettent aux enfants de rapidement comprendre ce qui est admis et ce qui ne l’est pas dans l’école. Les violences physiques, verbales et psychologiques et les mises en danger personnelle ou d’autrui, ainsi que tout ce qui est illégal est interdit.

 

Pédagogie

Nous pensons que la société est une création humaine, un choix de fonctionnement pour que chaque individu puisse y trouver sa place. Il nous semble important que la société s'adapte constamment aux évolutions humaines, environnementales, économiques etc. Tous comme il nous paraît important que chaque homme puisse s'adapter et trouver sa place dans la société.

Aujourd'hui, il est très difficile d'anticiper les métiers dont la société aura besoin demain. En effet, selon une étude du cabinet américain Wagepoint, 60% des métiers exercés en 2030 n’existent pas encore actuellement. Par ailleurs, les profondes mutations qui opèrent dans les différents secteurs d'activité amènent de plus en plus d'entreprises à rechercher des personnes créatives, autonomes, capables de prendre des initiatives et d'avoir un esprit entrepreunarial.

A l'EDM, nous cultivons plus un état d'esprit que des objectifs d'acquisitions de compétences prédéfinies. Nous souhaitons ainsi laisser le temps et l'opportunité à chaque enfant de se découvrir, de vivre et de s'épanouir. Nous espérons que cela rendra les enfants confiants, responsables, autonomes et créatifs et qu'ils seront ainsi les plus aptes à découvrir quelle(s) voie(s) semble(nt) les intéresser au regard de ce que la société leur propose et à s'adapter aux contraintes du moment.

L'École Démocratique de Montpellier n'a pas pour objectif de rendre les enfants heureux à chaque instant.

Nous croyons que de demander aux enfants d'être autonomes et responsables de leurs propres choix est une tâche extrêmement exigeante.

Nous aspirons à les accompagner, les soutenir dans leurs choix d'activités, qu'elles soient scientifiques, artistiques, littéraires, etc. Il pourra cependant arriver qu'une activité qui avait semblé leur convenir à un moment donné, ne leur convienne plus une semaine, un mois ou un an plus tard et ce, pour différentes raisons : sentiment d'avoir perdu son temps, échec dans l'apprentissage, besoin de faire autre chose...
Se rendre compte "d'avoir perdu son temps" ou faire face à un échec peuvent constituer des expériences déplaisantes, frustrantes qui n'ont pas vocation à rendre heureux.

Il est pourtant primordial d'après nous d'apprendre de ses échecs, de ses regrets et d'être en capacité, riche de ces expériences, de se relever et de retrouver ce qui nous plait maintenant.

Lors de réunions publiques ou des conférences, certaines familles ou administrations expriment leurs inquiétudes lorsqu'il s'agit de laisser les enfants libres de choisir leurs activités. Nous pouvons entendre par exemple :"Dans la vie, on doit toujours faire des choses qui ne nous plaisent pas." ou "Même si les enfants sont épanouis en faisant ce qu'ils veulent à l'école, dans le monde du travail, ils devront faire ce qu'on leur dit."

Ces inquiétudes sont légitimes car elles nous semblent renvoyer à un fonctionnement assez répandu dans notre société depuis plus d'un siècle.

Il est pour nous important de rappeler que le monde du travail est en profonde mutation et que de nombreuses entreprises font aujourd'hui évoluer leur organisation vers un fonctionnement horizontal dans laquelle l'expertise plus que la position hiérarchique est mise en avant.
Frédéric Laloux, un ancien partenaire associé chez McKinsey, décrit ces évolutions de modèle dans son livre "Reinventing Organizations", (2015)

Nous croyons aussi que l'autonomie acquise au sein d'une école démocratique comme l'EDM permet aux enfants de développer leurs facultés d'adaptation. En explorant différentes activités, en surmontant les difficultés rencontrées dans son parcours d'apprentissage, l'enfant apprend à faire face au changement.
Les anciens élèves des écoles démocratiques américaines témoignent du fait que malgré les organisations diverses vécues dans les universités ou dans le monde du travail, ils sont rapidement parvenus à répondre aux attentes de ces organisations.
Voir le livre de Daniel Greenberg paru en 2005 "The Pursuit of Happiness - The Lives of Alumni"